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Un moment avec Gauvain Sers

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Dans le cadre de sa tournée et de la sortie de son dernier album, Ta Place dans ce Monde, nous nous sommes entretenus avec le chanteur Gauvain Sers, qui perpétue dans ses créations une vision de la chanson française poétique et engagée.

Sortir : Pouvez-vous me raconter la genèse de votre dernier album, Ta place dans ce monde ?

 

Gauvain Sers : C’est un album qui est arrivé à un moment où je ne le soupçonnais pas. On a été arrêté un peu comme tout le monde, et en plein tournée pendant cette pandémie. Le fait de rester à la maison, un peu dans sa bulle, au bout d’un moment ça a généré pas mal de chansons, et comme j’en avais quelques unes de côté pour la suite, j’ai senti qu’il y avait de la matière pour un album. En ce qui concerne le nom, il y a beaucoup de personnages dans cet album qui se posent des questions, de savoir s’ils sont à la bonne place, surtout chez la jeunesse.

 

S : Justement écrire en confinement doit être un exercice différent d’en temps normal. Comment vient l’inspiration quand on est moins au contact du monde comme ça ?

 

GS : C’est vrai que c’était assez étrange, c’est aussi pour ça que je parle beaucoup de cafés, d’endroits qui pouvaient me manquer en terme de relations sociales. Il fallait essayer de puiser dans l’imaginaire et dans les souvenirs, dans le fantasme de ce qui nous a manqué à ce moment là. Ce sont peut-être des chansons qui n’auraient jamais existé autrement.

 

S : Il y a quelque chose qui ressort dans vos albums c’est la fibre sociale, d’où cela vous vient-il ?

 

GS : J’imagine que ça vient de ma nature, de ma sensibilité, du fait d’aimer parler des autres. Moi-même quand je suis auditeur des autres, j’aime bien qu’un artiste me parle de lui, mais aussi de la façon dont il voit les autres, et il y a beaucoup plus à dire souvent. J’aime bien équilibrer, avec des chansons plus personnelles, et des chansons effectivement plus sociétales, de dresser des portraits, de raconter la vie des gens. Si je ne parlais que de moi au bout d’un moment, ce serait un peu lourdingue ! Et on aurait vite fait le tour, alors que le monde est tout le temps en évolution, et on vit dans un dans une époque où ça se voit, où l’absurdité de la société nous saute parfois un peu au visage. Le fait de le pointer du doigt en chanson je trouve que ça peut amener à réfléchir. Mais je ne veux pas passer pour un moralisateur qui donne des leçons, plutôt pour quelqu'un qui met des points d’interrogations, de questionner.

 

S : Vous parliez de portraits, il y a beaucoup de chansons de personnages qui se racontent à la première personne sur cet album. Est-ce que c’est justement le rôle d’un auteur de savoir se mettre dans la peau des autres ?

 

GS : Oui complètement ! Le plus gros du travail c’est d’avoir de l’empathie pour les autres, comme le ferait un acteur dans un film. Le fait de dire « Je » permet justement de pouvoir vraiment tout dire, de ne pas se mettre de barrière, de ne pas être trop loin de la scène qu’on est en train de vivre, et donc plus d’émotions. Parce qu’il y a moins de détachement et qu’on y met tout ce qu’on a. Mais il y a aussi des chansons où je parle de moi et ou pourtant j’utilise « Tu ». Je m’interroge sur ça au moment de l’écriture et je choisis ce qui me semble le plus intéressant.

 

S : Il y a deux chansons dans l’albums, Les Gens de l’Ombre et En Première Ligne, dont le thème a une certaine parenté. Est-ce que le manque de considération envers une partie de la population c’est quelque chose qui vous pousse à écrire des chansons engagés ?

 

GS : Souvent ce qui me pousse à écrire des chansons vient d’un constat d’injustice, cet espèce de fossé qui s’agrandit toujours plus, c’est ma petite manière à moi de vouloir rétablir l’équilibre. Et aussi de les mettre en lumière. Ce qui est assez drôle c’est que Les Gens de l’Ombre est une chanson qui était écrite bien avant tout ce qu’on a traversé. Je m’étais posé cette question, parce que je fais un métier où on m’applaudit à la fin de mes chansons, mais il y a plein de métiers que personne n’applaudit. J’étais parti de ce constat là, c’est pour ça que dans le refrain je dis « On ne les applaudit pas, et pourtant, et pourquoi ? ». Quelques mois après il y a cette crise sanitaire, où l’on a applaudit les gens à nos fenêtres, tous les soirs à 20h. C’est pour cela que je l’ai gardée dans l’album, parce qu’elle avait une double résonance par rapport à ça. Et puis En Première Ligne est arrivée à ce moment là, c’était une manière de rendre hommage à tous les gens sans qui la planète ne tournerait pas bien rond (et pour autant leur statut n’a pas beaucoup évolué). C'était une manière de les remercier sur le long terme.

 

S : On parle beaucoup de vous comme d’un chanteur engagé, est-ce que vous trouvez qu’il en manque en ce moment dans la chanson française ?

 

GS : Je ne suis pas sûr qu’il en manque, par ce qu’il y en a, enfin j’en connais en tout cas (rires). Mais ce ne sont pas forcément les plus médiatisés, ça c’est une évidence.

 

S : Plutôt un manque de considération médiatique ?

 

GS : J’ai plutôt l’impression que c’est ça. Parce qu’on en croise plein, mais dans des lieux un peu plus confidentiels, et c’est vrai que ce n’est pas forcément le style de chanson qui est très en vogue dans les médias. Dans le coeur des gens je pense que c’est encore important qu’il y ait des artistes qui continuent de raconter des histoires sans se mettre de barrière dans les sujets, sans s’auto-censurer dans ce que l’on raconte. On n’a pas forcément besoin d’être d’accord avec les artistes pour les aimer, on aime aussi les travers parfois, et ne pas être d’accord c’est une manière de pouvoir dialoguer et c’est dommage qu’il n’y en ait pas plus, mais je ne suis pas sûr que ce soit ce qui manque, plutôt le fait de les avoir sous les projecteurs.

 

S : Si vous deviez en citer qui vous inspirent dans la chanson française actuelle ?

 

GS : Il y en a trois qui m’ont donné envie d’écrire c’est Alain Souchon, Renaud et Francis Cabrel. Je parle aussi pas mal d’Alain Leprest parfois dans mes chansons parce que c’est un auteur que j’admire beaucoup. Anne Sylvestre aussi m’a beaucoup influencé. J’ai eu la chance de chanter une chanson sur l’un de ses albums, et c’est un merveilleux souvenir ! J’essaye de faire perdurer cette forme de chanson là qui existe depuis très longtemps. On ne révolutionne pas le style mais on essaie de raconter notre époque à notre manière, de la renouveler, de la moderniser. Je pense que ce sont ces gens-là qui me font rêver.

 

S : En parlant de Renaud, le fait qu’il vous ait en quelque sorte parrainé est quelque chose qui est beaucoup revenu. Vous pouvez m’expliquer quel type de lien vous avez avec lui ?

 

GS : C’est sûr qu’il a été un élément incroyablement important dans mon début de carrière. Trois jours avant son Zénith à Paris, j’étais dans un café à Paris et j’ai reçu un coup de téléphone qui disait « Allô ? C’est Renaud, le chanteur ». Là je suis tombé des nues. Il était tombé sur deux de mes chansons et avait eu un coup de coeur. Il m’a proposé de faire ses premières parties. Il y avait dix concerts, ça s’est très bien passé avec lui et on a fait toute la tournée ensemble. Ça a été une vraie expérience et une belle histoire d’amitié aussi. On est toujours en contact aujourd’hui, et il suit toujours mon histoire de près. Il faudrait plusieurs vies pour le remercier de ce qu’il a fait pour moi. Il n’y a pas beaucoup d’autres artistes qui auraient fait ça, d’avoir la curiosité d’écouter de jeunes artistes. Ça été un gros coup de projecteur pour moi.

 

S : Et quels sont vos projets à venir ?

 

GS : En ce moment on se concentre essentiellement sur la tournée jusqu’à la fin de l’année. J’essaie toujours d’écrire lorsque j’ai des petites pauses. Ça reste le plus important, de créer et de raconter des choses. Quand je sentirai que j’ai de la matière et que ça commence à prendre forme j’envisagerai un nouvel album mais ce n’est pas pour tout de suite. Je suis plutôt dans une période de création et de questionnement. Puis pourquoi pas écrire pour d’autres. C’est quelque chose que l’on m’a beaucoup proposé sans que j’en ai vraiment le temps. On a également une petite tournée acoustique en préparation en début d’année prochaine.

 

Propos recueillis par Nicolas Lecomte

Crédit Photo : Franck Loriou

Publié le 22/09/2022 Auteur : nicolas lecomte

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